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Professeur ordinaire de l’ULB, Firouzeh Nahavandi dirige le centre d’études de la coopération internationale et du développement, CECID. Ses recherches portent à la fois sur l'évolution sociopolitique du Moyen-Orient, particulièrement sur celle de l'Iran et sur les questions liées au développement, en particulier aux inégalités tant aux niveaux national qu'international. Plus récemment, elle s’est aussi intéressée à la situation des femmes dans le monde musulman et à l'extraction de nouvelles ressources du Sud par le Nord, à travers la marchandisation du corps. Firouzeh Nahavandi a signé plusieurs ouvrages, parmi lesquels Turquie. Le déploiement stratégique (Editions Bruylant, 2012) et, en septembre 2016, Être femme en Iran. Quelle émancipation? (L’Académie en poche).


fnahavan@ulb.ac.be

Firouzeh Nahavandi en vidéo, dans Images de sciences

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De l'Empire ottoman à la Turquie actuelle, © ULB www.ulb.be/ulb12mois12experts
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Turquie: femmes-hommes, © ULB www.ulb.be/ulb12mois12experts.
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La Turquie actuelle et ses voisins, © ULB www.ulb.be/ulb12mois12experts
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La Turquie et ses voisins

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Juillet 2016 - Tentative de coup d'État en Turquie

Firouzeh Nahavandi, Centre d’études de la coopération internationale et du développement – CECID


Firouzeh Nahavandi, le Président turc Erdoğan est-il sorti renforcé du coup d’État raté de cet été?

D’une certaine manière oui. En effet, cette tentative avortée lui donne l’opportunité d’instrumentaliser la situation afin de légitimer le renforcement de ses pouvoirs, d’éliminer les oppositions, notamment au sein du Parlement et d’avancer vers son projet de présidentialisation du régime en amendant la Constitution. L’armée est affaiblie, les purges dans l’opposition se multiplient, Recep Tayyip Erdoğan pourrait obtenir les changements constitutionnels qu’il veut.

Le pays connaît actuellement un climat de terreur et de répression: on parle de 110.000 personnes limogées, 500.000 fichées, 37.000 arrêtées (chiffres de novembre 2016). Mais Erdoğan reste le président que les Turcs ont élu et continuent en majorité à soutenir.


Comment expliquer cette popularité?

Erdoğan se présente comme celui qui peut combattre le terrorisme, donner au pays une croissance économique, qui a longtemps tourné autour de 4%, résister aux diktats européens… Et surtout, il s’affiche comme le défenseur de l’identité turque dont sont fiers non seulement les Turcs du pays mais également une partie de la diaspora turque présente notamment en Europe. Certains le qualifient de « nouveau père » de la Turquie, une Turquie nationaliste et musulmane, dont les frontières sont redessinées. Ainsi, début octobre, Erdoğan a critiqué le tracé de la frontière gréco-turque.

Découvrez la carte de la Turquie actuelle, par un clic sur l'image dans la colonne de gauche.


Erdoğan serait-il en train de réécrire la géographie et l’histoire du pays?

Le traité de Lausanne de 1923 a dessiné les frontières du pays; Erdoğan le remet en cause, estimant qu’à l’époque, Mustafa Kemal Atatürk n’aurait pas obtenu assez. En revendiquant l’identité turque, Erdogan s’inscrit en réalité dans la continuité nationaliste d’Atatürk, même s’il y ajoute un vernis islamiste. La turcité est pourtant une construction historique.

De l'Empire ottoman à la Turquie actuelle: découvrez la ligne du temps ci-contre



La Turquie connaît cependant des disparités et des voix discordantes…

Oui, il y a des clivages et Erdoğan joue d’ailleurs dessus: clivage entre Turcs et Kurdes qui représentent environ 20% de la population; clivage entre sunnites et alévis (15 à 20% de la population); clivage aussi entre laïcs modernistes et conservateurs musulmans.

Il ne faut pas non plus oublier les disparités entre hommes et femmes. Imaginez qu’en Turquie, ces dernières ont obtenu le droit de vote depuis 1934 et les médias nous montrent des femmes écrivains, professeurs d’université, militantes mais, aujourd’hui, dans cette même Turquie, 43% des femmes âgées de 16 à 29 ans ne sont pas scolarisées, 26% sont mariées avant d’avoir 18 ans, etc.

Femmes-Hommes en Turquie: consultez l'infographie par un simple clic sur l'image à droite.



De quoi demain pourrait-il être fait?

Il est impossible de répondre aujourd’hui à cette question. La majorité de la population soutient son président mais pour combien de temps encore, nul ne le sait. L’ambiance est à la délation et la suspicion; la répression a touché l’armée, les opposants politiques, les Kurdes, la presse et, progressivement, gagné les milieux d’affaires voire l’entourage d’Erdoğan. Mais si l’économie stagne ou s’affaiblit, le président risque d’en payer le prix… Sa folie des grandeurs le menace également.

Sur le plan international, son arrogance finira peut-être par irriter des dirigeants occidentaux. Il a amorcé un rapprochement avec Israël et la Russie avec qui il a notamment des projets de gazoducs; on verra comment se positionnera le nouveau président américain, Donald Trump… Quant à l’Europe, le président Erdoğan semble s’en éloigner de plus en plus, jusque dans la symbolique puisque cette année, la Turquie n’est pas passée à l’heure d’hiver. Reste une question loin d’être symbolique qui est celle de l’accord entre l’Union européenne et la Turquie sur les migrants, conclu en mars 2016 mais loin d’être réellement mis en œuvre.

Rappelez-vous

Vendredi 15 juillet

22h06, le Premier ministre turc Binali Yildirim dénonce une "tentative illégale" de prise du pouvoir par un groupe au sein de l’armée.

Dans les heures qui suivent, des chars se déploient; des avions de chasse survolent Ankara; des tirs s’échangent; des milliers de Turcs descendent en rue dire leur soutien au Président Erdoğan…

Samedi 16 juillet, 12h, le Premier ministre turc annonce l’échec de la tentative de coup d’État: 104 putchistes abattus, près de 200 autres victimes et des centaines de blessés, 2.839 militaires arrêtés, 2.745 magistrats démis de leurs fonctions… Le Président Erdoğan promet d’éliminer "le virus de toutes les institutions étatiques". L’État d’urgence est déclaré.

Jour après jour, la liste des "ennemis" - magistrats, fonctionnaires, enseignants, policiers, journalistes… - arrêtés, suspendus, inquiétés s’allonge, inexorablement…


Infographie:

De l'Empire ottoman à la Turquie actuelle

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Infographie:

Turquie: femmes-hommes

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