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Maître de Recherche auprès du FNRS, Stanislas Goriely travaille à l’Institut d’Immunologie médicale (IMI) de la Faculté de Médecine de l'ULB. Ses intérêts de recherche portent sur l’immunologie et la régulation des gènes. Plus précisément, il étudie les mécanismes moléculaires impliqués dans le contrôle de l’inflammation et de la différenciation des lymphocytes cytotoxiques T en vue de développer de nouvelles approches thérapeutiques.


Stanislas.Goriely@ulb.ac.be

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Octobre 2018 - Prix Nobel à deux immunologistes

Stanislas Goriely, Institut d’Immunologie médicale (IMI)


Ces dix dernières années, l’immunologie a été l'un des domaines de recherche les plus dynamiques en médecine fondamentale. Stanislas Goriely, pourriez-vous nous rappeler comment cela a commencé?

A ses prémices, l’immunologie était intimement liée à la microbiologie et à la théorie des "germes". La découverte des premiers vaccins et des microbes responsables des maladies infectieuses représente les fondements de la recherche dans ce domaine. Les premiers jalons, ce sont Edward Jenner et Louis Pasteur qui les ont posés lorsqu’ils ont établi les bases de la vaccination. Lorsque les premiers prix Nobel en immunologie ont été remis au début du XXème siècle à Elie Metchnikoff et Paul Ehrlich, les découvertes s’enchaînèrent. De nombreuses notions ont été découvertes lorsque je commençais moi-même ma thèse. En dix ans, beaucoup des dogmes fondateurs de l’immunologie ont été revisités.

Depuis, le domaine est en effervescence. Imaginez: non seulement le système immunitaire doit nous protéger contre les infections mais il doit également permettre de cohabiter de façon harmonieuse avec tous les microbes qui composent notre flore interne, de l’intestin ou de la peau. L’organisme n’est pas uniquement composé des cellules du corps, mais aussi de tous les microbes avec lesquels nous cohabitons pour survivre.

Cette découverte majeure a provoqué un changement de regard sur l’ensemble de la médecine. Elle nous a permis de comprendre que notre système immunitaire est "éduqué" par tous les microbes qu’il rencontre au cours de la vie et même par ce que nous mangeons! Remodelé en permanence, ce système est encore bien plus complexe qu’on ne le pensait il y a juste dix ou quinze ans.


Cela veut-il dire que toutes nos maladies sont reliées à l’immunologie?

Étant donné que son rôle est de maintenir l’équilibre de l’organisme, on s’aperçoit maintenant que le système immunitaire a un rôle à jouer dans la plupart des maladies qui touchent l’homme: infections, allergies, maladies auto-immunes et inflammatoires, mais aussi maladies neurodégénératives, cardio-vasculaires ou encore dans le cancer. On sait que le système immunitaire "surveille" l’organisme contre l’apparition de cellules tumorales. Mais les tumeurs s’adaptent et contournent ces réponses, de sorte qu’elles ne sont pas toujours efficaces. C’est là que James Allison et Tasuku Honjo ont innové. Allison eut l’idée d’interférer avec un "frein" de cette réponse qui empêche nos lymphocytes T de combattre les cellules tumorales – la molécule CTLA-4. Il a ainsi réveillé des cellules qui étaient déjà présentes mais qui ne pouvaient exercer leurs fonctions anti-tumorales. Honjo, quant à lui, a découvert un autre de ces freins: la molécule PD1. Depuis ces découvertes, l’immunologie et tout le domaine de la cancérologie sont en émoi: les possibilités de combinaisons entre les approches conventionnelles et les différentes cibles d’immunothérapie sont quasiment sans limites!


Quelles sont les promesses de l’immunothérapie du cancer?

On sait qu’il est désormais possible d’agir de façon efficace sur le système immunitaire pour combattre les cancers. Le défi désormais, c’est d’arriver à définir précisément quand utiliser ces approches et de prévenir les effets secondaires... On ne comprend toujours pas vraiment pourquoi elles sont efficaces chez certains patients et pas chez d’autres. Pour cela, il reste encore beaucoup de recherches fondamentales à réaliser. Mais le système immunitaire est désormais… partout. C’est un véritable changement de paradigme. Tout ce qu’on savait jusqu’à aujourd’hui peut être revisité par le prisme de l’immunologie. C’est foisonnant… et passionnant!


Rappelez-vous

Lundi 1er octobre

Le prix Nobel de Médecine est décerné à deux chercheurs en immunologie, l’Américain James Allison et le Japonais Tasuku Honjo, "pour leur découverte du traitement du cancer par inhibition de la régulation immunitaire négative".

Le système immunitaire "surveille" l’organisme de façon permanente et prévient l’apparition des tumeurs. Lorsqu’un cancer se développe malgré tout, les cellules immunitaires sont présentes mais n’arrivent plus à combattre les cellules tumorales. Les approches d’immunothérapie, récompensées par le prix Nobel de cette année, nous montrent qu’il est possible de réveiller ces réponses et dans certains cas, d’éradiquer les tumeurs de façon spectaculaire. Mais ces approches ne fonctionnent pas pour tous les cancers ni chez tous les patients… C’est un des défis de la recherche fondamentale aujourd’hui.