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Professeur ordinaire de l’ULB, Robert Plasman dirige le Département d’économie appliquée – DULBEA de la Faculté Solvay Brussels School of Economics and Management. Il étudie l’économie du travail et l’économie régionale. Plus précisément, il s’intéresse aux politiques d’emploi, au temps de travail, à la microéconométrie du marché du travail, à la structure des salaires, aux relations industrielles et performances économiques…


Robert.Plasman@ulb.ac.be

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Indice de spécialisation à Charleroi, © ULB www.ulb.be/ulb12mois12experts
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Niveau d'éducation à Charleroi et en Wallonie, © ULB www.ulb.be/ulb12mois12experts
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Septembre 2016 - Fermeture de Caterpillar Gosselies

Robert Plasman, Département d'économie appliquée - DULBEA


Robert Plasman, la fermeture de Caterpillar Gosselies illustre-t-elle la fin d’un modèle industriel ?

Je nuancerais même si, c’est vrai, on va vers la fin d’une époque: après la sidérurgie et la verrerie, c’est au tour de l’industrie manufacturière de connaître des moments difficiles. Dans les années ’70, Caterpillar a créé des centaines d’emplois à Charleroi; jusqu’à 4.000 personnes y travaillaient en 2008; ce modèle de grande entreprise manufacturière avec ses dizaines de sous-traitants est en effet en train de disparaître au profit de PME innovantes.


Doit-on déduire que la Wallonie n’est plus attractive pour les grandes entreprises ?

Non, Caterpillar n’a jamais dit qu’il fermait le siège de Gosselies pour un problème de coût de travail trop élevé ou par manque d’attractivité de la région. La direction a décidé d’arrêter pour concentrer la production sur moins de sites. Depuis la dernière restructuration, l’usine de Gosselies était spécialisée dans des produits – les pelles excavatrices - destinés au marché européen; or, ce marché va mal... La Wallonie reste toutefois attractive pour les multinationales, comme le montrent GSK Biologicals ou Alstom, par exemple. Au-delà de leur taille, ce qui caractérise aussi et surtout ces entreprises en bonne santé, c’est qu’elles sont innovantes.


Aujourd’hui, la recherche & développement est-elle le facteur de succès pour les entreprises, qu’elles soient petites, moyennes ou grandes?

Oui, c’est reconnu, l’innovation, la technologie, la recherche sont porteurs. Et là, Charleroi se positionne bien et même mieux que la moyenne wallonne: l’indice de spécialisation est de 1,6 pour l’industrie de haute technologie et 1,1 pour les services à haute composante technologique, soit au-delà du référentiel de 1. Donc, Charleroi aujourd’hui, ce n’est pas que la veille industrie, c’est aussi et avant tout des secteurs de pointe et d’avenir.

Plus de détails sur l'indice de spécialisation à Charleroi dans l'infographie ci-contre.


Ces entreprises technologiques créent-elles de l’emploi à Charleroi?

Oui et le Biopark en est d’ailleurs une belle illustration: en 1999, l’ULB a implanté à Gosselies un institut de recherche en biologie et médecine moléculaires où travaillaient environ 200 personnes, principalement des chercheurs. En 2016, le Biopark regroupe 4 instituts de recherche, des plateformes technologiques, des dizaines d’entreprises, un centre de formation, etc., qui emploient ensemble près d’un millier de collaborateurs. Les statistiques sont révélatrices: l’indice d’emploi en haute technologie, par exemple, est de 1,6 à Charleroi; ce qui signifie que la proportion d’emplois dans les secteurs de haute technologie y est plus importante que la moyenne wallonne.


D’autres chiffres sont moins flatteurs: selon l’Union européenne, le taux de chômage à Charleroi est de 20% contre une moyenne wallonne autour de 10%...

En effet, d’autres pourcentages sont également inquiétants: le taux d’emploi est de 52,2% dans l’arrondissement de Charleroi contre 58,6% pour la Wallonie; le taux de diplomation de l’enseignement supérieur est de 14,1% à Charleroi contre 23,4% en Wallonie…

Quel niveau d'éducation à Charleroi et en Wallonie? Consultez l'infographie à droite.

La formation et l’enseignement constituent donc un défi majeur à Charleroi. Il faut à la fois retenir les Carolorégiens diplômés et attirer des diplômés d’ailleurs; mais aussi, bien sûr, amener plus de Carolos dans l’enseignement supérieur. Et cela, ça passera notamment par une nouvelle offre de BA et de MA sur place ou encore par un aménagement de la ville pour qu’elle soit plus attractive pour les étudiants. En développant ses enseignements et la recherche dans le cadre du tout nouveau Centre Universitaire Zénobe Gramme, au centre-ville de Charleroi, l'ULB contribuera à relever ce défi.


Ces actions pourraient montrer leurs effets dans quelques années. Mais dans l’immédiat, quelle réponse apporter aux 2.000 travailleurs de Caterpillar et nombreux sous-traitants qui vont se retrouver sans emploi?

La procédure Renault est toujours en cours, il est encore trop tôt pour répondre précisément… De nombreuses initiatives ont été prises qui visent à identifier des possibilités de réaffectation du site ou d'une partie de celui-ci. L'Aéropole de Gosselies est en plein essor et est potentiellement porteur de nouvelles activités industrielles et technologiques. Le Comité de Développement Stratégique de Charleroi, présidé par Dominique Demonté (directeur du Biopark Charleroi), joue un rôle moteur à cet égard.

Ensuite, il y aura inévitablement la mise sur pied de cellules de reconversion. Les dernières avaient été créées pour les travailleurs licenciés de Duferco et de Caterpillar, lors de la restructuration de 2011-13. Elles ont fait leurs preuves puisqu’une solution a été trouvée pour 80% des gens. Aujourd’hui, la difficulté est que nous sommes à peine deux ans plus tard; donc, aura-t-on un aussi bon taux de reclassement? Les prochains mois nous le diront.

Rappelez-vous

Vendredi 2 septembre

Un conseil d’entreprise extraordinaire a lieu à Caterpillar Gosselies. Il est à peine 8h30 ; la nouvelle tombe: la direction américaine annonce la fermeture du site carolorégien.

Incrédulité, colère et désarroi pour les quelque 2.000 salariés de la multinationale. Avec ses nombreux sous-traitants, la fermeture entraînerait la perte de plus de 6.000 emplois. Politiques, syndicats, travailleurs carolos, wallons, belges, européens se mobilisent…

Fin 2016, la procédure Renault suit son cours, les négociations se poursuivent.



Infographie:

Indice de spécialisation

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Infographie:

Niveau d'éducation à Charleroi et en Wallonie

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