Publié le 9 septembre 2026 Mis à jour le 10 septembre 2026

Soutenance publique de thèse en vue de l'obtention du grade de Doctorat en Sciences

Titre de la thèse: "Tourism, neoliberal conservation, and inequities in Bwindi Impenetrable National Park: Household incomes and wellbeing in park-peripheral communities "

Résumé:
Cette thèse examine de manière critique comment le tourisme de conservation néolibérale au Parc national impénétrable de Bwindi (Ouganda) produit des inégalités socio-économiques et affecte le bien-être multidimensionnel des communautés riveraines. Adoptant un paradigme transformateur et une méthodologie mixte séquentielle, l’étude combine une enquête longitudinale en six vagues auprès de 235 ménages (2019-2020) avec 70 entretiens phénoménologiques et une observation ethnographique approfondie. La pandémie de COVID-19 est analysée comme une expérience naturelle.
Les résultats révèlent un « régime d’inclusion différenciée » : seuls 39,1 % des ménages tirent un revenu du tourisme. Les ménages à revenu touristique (TIHH) gagnent significativement plus (médiane UGX 205 000 contre UGX 135 000), mais leur sécurité des revenus s’effondre pendant la pandémie (3,6 → 1,9/5), tandis que les ménages davantage orientés vers l’agriculture de subsistance font preuve d’une plus grande résilience (2,7 → 2,3/5). Les bénéfices sont stratifiés selon la proximité du parc (58 % d’engagement dans les villages les plus proches contre 18 % dans les villages les plus éloignés), le genre (45 % de chefs de ménage masculins contre 28 % féminins), l’âge (48 % des ménages dirigés par des personnes d’âge moyen contre 25 % par des personnes âgées) et l’ethnicité. Les Batwa, peuple autochtone de la région, sont totalement exclus de la participation directe au tourisme (0 % d’engagement direct) et présentent un revenu médian inférieur à la moitié de la moyenne de l’échantillon (UGX 73 750 contre UGX 157 000).
L’enquête budgétaire des ménages met en évidence de fortes contraintes matérielles : revenu mensuel médian de 157 000 UGX (≈ 42 USD), 34 % des ménages disposant de moins d’un acre de terre, 12 % sans terre (principalement des Batwa) et un coefficient de Gini de 0,52.
Sur le plan qualitatif, l’analyse met au jour une « économie des connexions » fondée sur le clientélisme et la coercition (achat de votes, menaces), qui régit l’accès aux bénéfices. L’absence de facteurs de conversion essentiels — capital, réseaux sociaux, garde d’enfants, transport et liberté face à la coercition — empêche les populations les plus vulnérables de transformer les opportunités formelles en capabilités réelles. Pour les Batwa, la participation se limite largement à des prestations culturelles contrôlées par des acteurs externes, constituant un profond échec de la justice de reconnaissance. Le « fardeau argenté », correspondant au travail de soin non rémunéré assuré par les femmes âgées, subventionne l’économie touristique sans aucune reconnaissance.
Les observations de terrain rendent ces inégalités tangibles : la poussière soulevée par les véhicules touristiques, une femme en travail contrainte de marcher jusqu’à un centre de santé pour accoucher — sa survie dépendant de la voiture du chercheur —, de jeunes filles transportant de lourdes bonbonnes d’eau le long des sentiers touristiques, ainsi que le village fantôme de Buhoma durant le confinement lié à la COVID-19.
Sur le plan théorique, la thèse développe un cadre intégré d’écologie politique et des capabilités, synthétisant la critique du néolibéralisme, l’écologie politique, l’approche des moyens d’existence durables, les capitaux communautaires, l’approche par les capabilités de Sen et une
perspective bioculturelle. Des concepts originaux émergent de cette analyse : le régime d’inclusion différenciée, l’économie des connexions, le fardeau argenté, la prospérité précaire versus la résilience souveraine, le seuil du budget famélique et la survie contingente.
L’étude soutient que les inégalités observées ne constituent pas des échecs de mise en oeuvre, mais des résultats systémiques d’un modèle privilégiant l’efficacité marchande au détriment de la justice sociale.
Les recommandations politiques appellent à un changement de paradigme vers une conservation centrée sur la justice : restructurer la gouvernance afin de transférer effectivement le pouvoir décisionnel (quotas légalement contraignants, budgets participatifs et fonds fiduciaires dirigés par les Batwa) ; mettre en oeuvre des interventions visant à renforcer les capabilités (garde d’enfants, transport, eau courante et systèmes d’urgence) ; instaurer une justice réparatrice pour les Batwa (droits fonciers et fonds fiduciaires pour le patrimoine culturel) ; promouvoir la diversification des moyens d’existence et la souveraineté alimentaire ; et réorienter les indicateurs d’évaluation vers le bien-être participatif, le suivi de l’équité, la résilience et la contingence.
La thèse conclut qu’une conservation dépourvue de justice ne saurait être durable et que transformer les budgets faméliques et la survie contingente en vies dignes constitue un impératif éthique et politique.
Date(s)
Le 14 septembre 2026

MONDAY, SEPTEMBER 14TH, 2026, AT 2:30 PM

Lieu(x)

U.A.1.23 Open Lab, Building A, 1st Floor, Room 23 (Open Lab), USquare

8, Rue Fritz Toussaint,1050, Bruxelles, as well as online

Please click here for the Campus map: https://www.ulb.be/en/maps-directions/usquare